đŸŒ± Transcription de la soirĂ©e « Herve Vers/t l'Avenir – Climat et Solution »

Résumé en vidéo (NotebookLM)

Note : PlutĂŽt qu'un long rapport indigeste, j'ai demandĂ© Ă  une IA de nous rĂ©sumer l'essentiel en vidĂ©o. C'est bien plus agrĂ©able Ă  regarder, mĂȘme si elle Ă©corche encore un peu certains mots... Bon visionnage !




🌍 Ouverture de la soirĂ©e

Guy Simonis

Bonsoir, merci d'avoir quittĂ© peut-ĂȘtre une soirĂ©e qui commence Ă  avoir des airs de printemps comme on en a eu, on a commencĂ© dĂ©jĂ  les barbecues. On a battu des records de tempĂ©rature. Bon, on va probablement encore en avoir vendredi, la tempĂ©rature monte et tout ça... Bon, ça fait du bien aprĂšs l'hiver que nous avons vĂ©cu. L'hiver qui Ă©tait Ă  la fois le plus chaud et le plus humide.
Et puis, vous avez probablement entendu également aujourd'hui que nous avions dépassé ou en tout cas, nous avions atteint cette année le seuil qui avait été fixé par les accords de Paris : ne pas dépasser un degré et demi par rapport à la période préindustrielle. Eh bien, l'année 2024 a atteint ce seuil.
Et donc, lorsque l'on parle de 1,5 °C en plus, c'est juste un petit peu plus chaud... Probablement que personne (que je vous présente et vous) ne dirait que c'est juste un petit peu plus chaud. On oublie, à cÎté des belles choses que nous allons vivre avec un climat un peu plus chaud, on oublie non seulement les inondations de 2021 à Verviers, mais aussi ce qui se passe presque tous les jours, que ce soit les inondations en Espagne, en France, les feux, les cyclones, etc.
Nous sommes dans une pĂ©riode oĂč les changements sont trĂšs importants. Et sans doute trĂšs importants, non pas simplement catastrophiques, il y aura probablement des choses aussi intĂ©ressantes dans la sociĂ©tĂ© que nous allons pouvoir construire. Mais je ne vais pas m'engager trop. En tout cas, il y a Ă©normĂ©ment de choses, non seulement Ă  apprendre, mais Ă  voir comment nous allons pouvoir les utiliser ici, au niveau de notre commune, au niveau de notre territoire.
Pour nous aider Ă  y rĂ©flĂ©chir, on a quand mĂȘme la chance d'avoir ici un panel de personnes compĂ©tentes et Ă©galement inscrites dans notre territoire. Je vais commencer par le rĂ©gional de l’étape : Xavier Fettweis, merci Xavier, professeur, climatologue Ă  l'UniversitĂ© de LiĂšge, que l'on entend de temps en temps nous tirer le signal d'alarme par rapport Ă  ce qui est en train d'Ă©voluer.
Nous avons également la chance d'avoir Madame Maria Alonso, que nous avions vue dans le film AprÚs la pluie. Si quelqu'un est bien placé pour nous parler de ce qui s'est passé lors des inondations à Verviers, et surtout des conséquences qui continuent à exister maintenant, c'est certainement Maria, qui pourra nous en parler en apportant, disons, le volet social porté par le Rassemblement Wallon de Lutte contre la Pauvreté.
Puis, une autre personne que nous avons eu la chance de rencontrer ici, à Herve, et qui aussi est trÚs soucieuse de ce qui se passe, non seulement sur le plateau, mais sur l'ensemble de la vallée : le Professeur Jacques Teller, urbaniste, qui a piloté le schéma stratégique de la Vesdre. Il va certainement nous en parler, parce que c'est un magnifique travail qui aura un classement...
Et puis, pour distribuer la parole, pour faire en sorte que non seulement chacun de nos intervenants mais aussi vous, vous ayez la parole, nous avons la chance d’avoir Tanguy Wera. Tanguy est professeur de français, mais surtout trĂšs attachĂ© Ă  une pĂ©dagogie active qu'il vit au quotidien dans ses classes. Je crois que c’est non seulement une belle plume, mais une personne qui veut nous faire participer, non pas simplement en regardant mais aussi en intervenant.
Merci à vous et bonne soirée à chacun.

đŸŽ™ïž Introduction et cadrage par le modĂ©rateur

Tanguy Wera

Merci, vous ĂȘtes venus me chercher avec votre groupe, avec ce mandat que vous me donniez, d’effectivement dynamiser les Ă©changes, les prises de parole, entre non seulement les trois intervenants que tu viens de prĂ©senter, mais Ă©galement vous, la salle ici ce soir.
Pour ce faire, je vous ai envoyĂ©, Ă  chacune et chacun, afin que personne ne soit pris au dĂ©pourvu, un petit canevas. Je vous le prĂ©senterai Ă  tous et toutes dans un instant. Par contre, ce que je n’ai pas dit aux diffĂ©rents intervenants, c’est que je comptais moi-mĂȘme ne pas respecter mon canevas.
Je vais donc, tout de suite, ne pas faire preuve de pĂ©dagogie active comme tu le signalais, Guy. Puisque tu m’as donnĂ© un micro, je vais l’utiliser pour vous raconter mon histoire.
C’est mon histoire, vous allez voir, je n’en suis absolument pas le hĂ©ros.
Nous sommes le 13 juillet 2021, et il pleut. Il pleut beaucoup, et c’est tout le 13 juillet 2021. Pour moi, il ne s’est rien passĂ© d’autre. Il ne s’est rien passĂ© d’autre pour la bonne et simple raison que j’habite au bord de la colline.
C’est intĂ©ressant, d’ailleurs, comme la question du relief façonne nos imaginaires. J’ai entendu dire qu’ici on est du plateau, ou on est de la vallĂ©e, mais moi je suis du bord de la colline, comme certains sont du bois, du pont, du champ, du prĂ©, du moulin. J’habite Stoumont, Ă  35 kilomĂštres d’ici. Il y a 29 habitants au kilomĂštre carrĂ©, je crois qu’on est Ă  319 pour la commune de Herve. Moi, 3 % du territoire est artificialisĂ©, ici, on est Ă  13 %.
Ces rĂ©alitĂ©s-lĂ  façonnent en fait un paysage. Stoumont, 55 villages, et parmi eux, 52 sont situĂ©s comme chez moi, au bord des collines. Aucun sur les crĂȘtes, trop froides, battues par les vents, et si on est en bas, on a les pieds dans l’eau, c’est de la fagne. Historiquement, Ă  part des constructions plus modernes dans les fonds de vallĂ©e, on ne construisait pas.
Sans doute que j’ai eu une autre chance que n’ont pas eue beaucoup de territoires : celui oĂč j’habite a stagnĂ© Ă©conomiquement pendant tout le XXe siĂšcle. Pas de grande centralitĂ© propice au dĂ©veloppement d’une activitĂ© commerciale, industrielle, pas de nƓuds de grands axes de communication. Rien que des petits villages un peu figĂ©s dans le temps, oĂč les gens construisaient avec ce qu’ils avaient sous la main.
Construire en fonction des ressources dont on dispose et des alĂ©as climatiques — qu’il s’agisse d’inondations, de glissements de terrain, de tempĂȘtes, de canicules — ce n’est pas seulement ce qu’il faut faire quand on regarde vers l’avenir : c’est ce qu’on a fait depuis des millĂ©naires, partout oĂč l’humanitĂ© s’est installĂ©e.
C’est comme ça qu’on en est venu Ă  avoir des formes d’habitat qui, de Tokyo au sud de la France, de la Floride Ă  Santorin, sont adaptĂ©es Ă  l’endroit oĂč l’homme s’implante. Évidemment, personne ici n’est aveugle, le XXe siĂšcle a refaçonnĂ© ces logiques qui avaient prĂ©sidĂ© Ă  l’amĂ©nagement du territoire. Et dans un mĂȘme Ă©lan, on s’est retrouvĂ© avec des zones, qu’elles soient pavillonnaires ou commerciales, qui se ressemblent furieusement, de la Pologne Ă  l’ouest canadien, du sud de l’Espagne Ă  la Belgique.
Ce sont des zones qu’on pourrait presque dĂ©placer, sans vraiment identifier un territoire, avec des maniĂšres de vivre Ă©galement transposables d’un territoire Ă  l’autre. Peut-ĂȘtre que notre fragilitĂ© vient de lĂ .
Tu le rappelais, mais justement, ce que je vous propose ce soir, c’est de repartir non pas de cette rĂ©alitĂ©-lĂ , mais de ce qu’il y a de plus attachant dans ce plateau de Herve que vous connaissez bien mieux que moi. J’aimerais que vous pensiez, tout au long des interventions, et je vous promets d’ĂȘtre moins prolixe dans un instant (ce sont eux qui parleront), j’aimerais que vous pensiez, au fur et Ă  mesure de leurs exposĂ©s, aux coins que vous aimez sur le plateau de Herve, aux endroits que vous identifiez, auxquels vous vous raccrochez, aux cartes postales que vous auriez envie d’envoyer Ă  des connaissances qui n’auraient pas la chance de dĂ©couvrir ce plateau, et qui pourtant est magnifique.
On va regarder vers l’avenir, et vers un avenir — vous le verrez, dans un temps qui n’est pas Ă©crit — vers diffĂ©rentes formes d’avenir. J’aurai l’occasion de faire rĂ©agir nos trois intervenants et vous, sur ces diffĂ©rents scĂ©narios. Mais cet avenir, je pense que le meilleur terreau pour le construire, c’est ces paysages auxquels vous ĂȘtes attachĂ©s.
Tu le disais, je suis prof de français, et quand j’enseigne la poĂ©sie Ă  mes Ă©tudiants, je leur dis : la poĂ©sie, c’est des contraintes. Contraintes mĂ©triques, contraintes de rimes, de strophes, figures de style... On n’aime pas tellement les contraintes, sauf qu’une contrainte aussi belle que le paysage bocager que vous avez, je pense que c’est le genre de contraintes sur lesquelles il est intĂ©ressant de construire.
Qu’allons-nous faire ? On va partir du principe que, c’est vrai, nous ne savons pas tout, nous avons des choses Ă  apprendre, nous allons les apprendre en Ă©coutant nos trois intervenants ici. Et surtout, on va essayer de formuler : “Nous savons oĂč nous voulons aller.” Chacun, avec nos moyens, on va essayer de se doter de rĂ©fĂ©rentiels pour analyser le territoire, le paysage, analyser la maniĂšre dont il va rĂ©agir au dĂ©rĂšglement climatique, la maniĂšre dont diffĂ©rents publics, qui ne nous ressemblent pas, vivent ce territoire. C’est ce que nos trois intervenants vont nous apporter.
Ce qu’on ne fera pas, et je vais essayer d’y veiller, c’est dĂ©gager une vision qui serait unique, un avenir tout tracĂ©, comme si nous, autour de la table, ou n’importe lequel d’entre vous, avions dĂ©jĂ  la rĂ©ponse, la maniĂšre de faire face aux dĂ©fis de demain. On n’arrivera pas ce soir Ă  une vision aboutie, le professeur vous le dira : pour Ă©laborer le schĂ©ma Vesdre, il faut des dizaines de rĂ©unions, des compĂ©tences diffĂ©rentes, etc. Et on n’arrivera pas non plus Ă  une solution « clĂ© sur porte ».
Maria nous le dira peut-ĂȘtre aussi : quand on vit un territoire de maniĂšre aussi diffĂ©rente que ce que les publics qu’elle rencontre vivent, la solution clĂ© sur porte « ça a marchĂ© ailleurs donc ça va forcĂ©ment marcher pour vous », ça ne fonctionne pas.
VoilĂ  pour les objectifs et les non-objectifs. Il y aura deux types de paroles ce soir, et on vit une Ă©poque oĂč ce n’est pas superflu de rappeler la diffĂ©rence entre ces deux paroles. On a une parole scientifique, elle est dĂ©crĂ©dibilisĂ©e aujourd’hui, particuliĂšrement outre-Atlantique, mais mĂȘme ici, parfois, on voit la dĂ©lĂ©gitimation d’une parole scientifique, parce qu’elle s’attaque Ă  des sujets qui dĂ©rangent, elle serait partisane, orientĂ©e.
Certains disent qu’il vaut mieux, pour ne pas voir la tempĂ©rature qui monte, casser le thermomĂštre. Je pense qu’ils font erreur. Je pense que, mĂȘme si ce que vont nous dire Monsieur Fettweis et nos autres intervenants ce soir va Ă  l’encontre de ce qu’on a envie d’entendre, il faut ĂȘtre capable de l’entendre.
Et en mĂȘme temps, un territoire ne se pilote pas de maniĂšre technocratique, depuis des bureaux, qu’ils soient Ă  l’universitĂ© de LiĂšge ou ailleurs. Un territoire, ça s’habite, ça s’investit, et l’intelligence constructive, la maniĂšre d’habiter le territoire, je pense que vous avez tous et toutes, ici ce soir, une part Ă  apporter, pour trouver les meilleures rĂ©ponses possibles, celles pour le plateau de Herve, qui ne seront pas celles pour la rĂ©gion dont je viens, ou pour la ville de LiĂšge, ou n’importe quel autre endroit.
Donc, c’est important de distinguer ces deux paroles, qui sont complĂ©mentaires, et qui ne sont pas les mĂȘmes.
J’aimerais soumettre nos trois intervenants Ă  trois scĂ©narios d’avenir. Pourquoi trois ? Parce que quand on donne deux scĂ©narios, on a toujours tendance Ă  se dire qu’il y a le « bon » scĂ©nario, ce qu’il faut faire, et le « mauvais » scĂ©nario, ce qu’il faut Ă©viter. On arrive dans une logique du « eux contre nous », et nous, nous aurions les bonnes idĂ©es, et eux, ils se trompent.
Donc je propose trois scĂ©narios, dont j’espĂšre que certains vous convaincront plus que d’autres, et que vous ne sortirez pas en disant : “Ils se valent tous, il suffit de saupoudrer un peu du 1, du 2 et du 3, et l’avenir sera Ă©crit.” Non, ces scĂ©narios comportent chacun leurs forces et faiblesses. Je vais interroger nos intervenants sur leur sentiment, et je vous donnerai la possibilitĂ© de complĂ©ter mes questions. Je vais poser une question pour chaque intervenant, puis ce sera Ă  vous de complĂ©ter.
Je vous demanderai, par exemple, pour le scĂ©nario 1 : “Professeur Teller, qu’est-ce que vous en pensez ?” Maria, qu’est-ce que vous en pensez ? Xavier, qu’est-ce que vous en pensez ? Moi, il me semble que lĂ , au niveau agriculture, ça ne va pas.” Et ils pourront complĂ©ter.
J’ai conscience de parler beaucoup. Mes prises de parole, aprĂšs ceci, se limiteront. Par contre, je vais faire en sorte que chacun se tienne Ă  des rĂ©ponses synthĂ©tiques, pour qu’on ait, Ă  la fin, de vrais moments d’échange. Vous verrez, il y aura un petit dispositif qui vous permettra de rĂ©agir et de donner votre avis.
Le premier scĂ©nario, c’est se projeter dans un monde Ă  +2 °C — qui pourrait mĂȘme ĂȘtre plus, on en parlera. On aurait choisi ici, sur le plateau, de donner la primautĂ© Ă  l’agriculture, celle qui est dĂ©jĂ  centrale aujourd’hui, qui structure le paysage, une agriculture moderne, adaptĂ©e aux dĂ©fis climatiques. On imagine que ça resterait essentiellement pastoral, ou pas. Peut-ĂȘtre que ça pourrait se rĂ©orienter autrement. On y adjoindrait une activitĂ© touristique, parce que ce pays est beau, et qu’il y a mille raisons de l’aimer.
Le deuxiĂšme scĂ©nario, c’est un scĂ©nario oĂč, Ă  +2 °C, on aurait donnĂ© la primautĂ© au dĂ©veloppement Ă©conomique, de nouveaux lotissements, des performances Ă©nergĂ©tiques peut-ĂȘtre meilleures, mais avec des zonings qui ont boostĂ© l’économie de la rĂ©gion. C’est un scĂ©nario qui fait grincer certaines dents. Il y a des gens ici, dans la salle, qui se battent fermement contre ce scĂ©nario, mais j’aimerais qu’on l’analyse : en quoi, du point de vue social, d’amĂ©nagement du territoire, de capacitĂ© Ă  faire face au dĂ©rĂšglement climatique, ce scĂ©nario pourrait avoir une crĂ©dibilitĂ© ou non ?
Enfin, le troisiĂšme scĂ©nario, c’est “donner la primautĂ© Ă  la robustesse et Ă  la densification.” On va en reparler. Maria me disait : “Attention, quand un concept devient Ă  la mode, tout le monde le rĂ©cupĂšre, tous les partis politiques le vident de son sens, ça ne sert plus de boussole.” Donc, on se demandera : qu’est-ce que ça veut dire, un scĂ©nario qui donne la prioritĂ© Ă  la robustesse et Ă  la densification ? Pourquoi densifier ? C’est parfois contre-intuitif. On se demandera si c’est possible, si ça fonctionne, etc.
VoilĂ , trois scĂ©narios. Ça vous va ? Si ça vous va, on y va. Mais avant cela, puisque la salle ne vous connaĂźt que via ce qu’a dit Guy, j’aimerais vous demander, rapidement, d’oĂč vous parlez, en termes d’expertise ? Qu’est-ce qui fait que vous avez cette lĂ©gitimitĂ©, ce soir, Ă  vous exprimer, peut-ĂȘtre plus que d’autres ?

đŸ‘„ PrĂ©sentation des intervenants

🎓 Prise de parole – Jacques Teller

Jacques Teller

Bonjour Ă  tous, merci d’ĂȘtre prĂ©sents. Moi aussi, je suis toujours surpris, de voir la quantitĂ© de gens qui se mobilisent sur les questions d’amĂ©nagement et d’adaptation au changement climatique, Ă  Herve. Ça fait plaisir de voir cette mobilisation. Je suis professeur d’urbanisme et d’amĂ©nagement des territoires Ă  l’UniversitĂ© de LiĂšge.
Nous avons travaillĂ© sur la rĂ©alisation du schĂ©ma stratĂ©gique pour le bassin versant de la Vesdre, suite aux inondations de juillet 2021. Pendant deux ans, on a Ă©laborĂ© un document, et en parallĂšle, on a Ă©laborĂ© deux rĂ©fĂ©rentiels, pour la RĂ©gion, sur tout ce qui relĂšve des constructions en zone inondable, et de l’amĂ©nagement en zone inondable. Par ailleurs, on a un rĂ©fĂ©rentiel pour la gestion durable des eaux de pluie.
Plus gĂ©nĂ©ralement, je m’intĂ©resse Ă  la question de la rĂ©silience et du changement climatique, notamment la gestion de l’eau, l’urbanisme, les Ăźlots de chaleur urbains, et plus rĂ©cemment, on a travaillĂ© pour l’Agence wallonne Air Climat, sur la question des feux de forĂȘt.


đŸŽ€ Prise de parole – Maria Alonso

Maria Alonso

Bonjour. Moi, j’avais une vie tout Ă  fait classique : je me contentais d’aller travailler, de rentrer, de payer mes factures. Et puis, un jour, les inondations arrivent chez moi, pas juste devant chez moi, mais Ă  l’intĂ©rieur. J’ai trois mĂštres d’eau Ă  la maison. Comme tout le monde, je suis Ă  ma fenĂȘtre, pendant cette nuit-lĂ  oĂč il pleuvait. On est tous Ă  nos fenĂȘtres, en train de se regarder, de se faire des signes : “Chez nous aussi, ça rentre.” Et l’eau continue de monter.
Quand l’eau est repartie, j’ai vu la dĂ©tresse et la difficultĂ© des habitants de mon quartier, pour faire face aux compagnies d’assurances, au Fonds des CalamitĂ©s, etc. J’ai pensĂ© : “Si j’ai encore ma tĂȘte, parce que beaucoup l’avaient dĂ©jĂ  perdue, je peux au moins leur apporter un petit peu de clartĂ© dans toute cette paperasse.”
J’ai commencĂ© par prendre des photos de tout ce que mes voisins jetaient, parce que tout Ă©tait mouillĂ©, ça sentait mauvais, et le premier rĂ©flexe Ă©tait de tout sortir dehors. Je leur disais : “Comment feras-tu le jour oĂč l’assurance voudra vĂ©rifier ce que tu as perdu ?” Donc j’avais, sur mon GSM, tout l’inventaire de ce que mes voisins jetaient. C’était trĂšs difficile Ă  gĂ©rer parce qu’on n’avait pas d’électricitĂ© pour recharger nos tĂ©lĂ©phones.
De lĂ , la FGTB est venue me proposer un contrat pour travailler dans ses bureaux, avoir un accĂšs Ă  l’électricitĂ©, au fax, etc., pour dĂ©marrer une aide plus efficace. Et ensuite, je suis arrivĂ©e au RĂ©seau wallon de lutte contre la pauvretĂ©, oĂč j’ai travaillĂ© en coordination avec ma collĂšgue Amandine. On a couvert toute la vallĂ©e de la Vesdre, d’Eupen Ă  Angleur, ChĂȘnĂ©e, etc.
Mon travail, c’est d’ĂȘtre la petite fourmi dans la vallĂ©e, pour faire remonter les difficultĂ©s rencontrĂ©es par les sinistrĂ©s, et porter ça plus haut, via le rĂ©seau, vers les politiques.


đŸŒĄïž Prise de parole – Xavier Fettweis

Xavier Fettweis

Bonsoir Ă  tous. Comme on l’a dit, je suis le rĂ©gional, parce que je viens de Bolland, j’ai fait mes Ă©tudes Ă  Herve, au collĂšge. AprĂšs, je me suis intĂ©ressĂ© Ă  la mĂ©tĂ©o. J’ai fait une thĂšse en climatologie, et de fil en aiguille, je suis revenu Ă  LiĂšge, comme professeur. Ma spĂ©cialitĂ©, c’est la modĂ©lisation rĂ©gionale du climat. Je dĂ©veloppe un modĂšle qui zoome Ă  trĂšs haute rĂ©solution sur la Belgique. Mon Ă©quipe et moi fournissons les projections futures pour la RĂ©gion wallonne, pour le Centre Climat belge.
On est devenus un peu le rĂ©fĂ©rent en termes de changement climatique, pour les politiques, pour la RĂ©gion wallonne, pour l’amĂ©nagement du territoire. Parce qu’on sait qu’on ne peut plus tenir compte du climat passĂ© pour amĂ©nager le futur : il faut dĂ©sormais tenir compte du climat Ă  venir.

🔎 Évolution des points de vue et images du plateau

Tanguy Wera

Maria, vous avez en partie rĂ©pondu Ă  ma prochaine question, mais ce n’est pas grave. Je voulais demander Ă  chacun : en quoi vos reprĂ©sentations du monde ont Ă©voluĂ© ces cinq derniĂšres annĂ©es ? Qu’est-ce qui a changĂ© pour vous ?
Par ailleurs, quand je dis “plateau de Herve”, quelle image vous vient à l’esprit ?


💬 RĂ©ponse – Maria Alonso

Le rond-point des vaches. C’est marrant, j’ai une Ă©lĂšve qui vient de Herve qui m’a dit la mĂȘme chose. Sinon, l’image que j’en ai, c’est celle d’une gamine qui a grandi Ă  Verviers et que l’école emmenait dans des journĂ©es au grand air, Ă  la campagne. Je trouvais ça beau, trĂšs vert, avec de grandes Ă©tendues.


đŸ™ïž RĂ©ponse – Jacques Teller

J’ai grandi Ă  FlĂ©ron, ce n’est pas trĂšs loin. La premiĂšre chose qui me vient, c’est la grande qualitĂ© des paysages, le bocage, le systĂšme de haies, de vergers, qui avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© partiellement dĂ©montĂ© Ă  partir des annĂ©es 50, pour diffĂ©rentes raisons.
Le plateau de Herve est trĂšs menacĂ©, justement parce qu’il est beau et proche de LiĂšge, de Verviers, d’Aix-la-Chapelle, de Maastricht. On a un ensemble de villes dont la population totale est comparable Ă  Berlin, qui se partagent un “parc” qu’est le plateau. C’est un territoire de grande qualitĂ©, menacĂ© par l’urbanisation, l’étalement rĂ©sidentiel, en ruban, etc. Moi, ça me frappe de voir ces dĂ©veloppements, chaque fois que je reviens.


đŸŒČ RĂ©ponse – Xavier Fettweis

J’ai plusieurs images, dans le temps. En 1980, on construisait des remontĂ©es mĂ©caniques Ă  ? — des tĂ©lĂ©skis qui ont servi une dizaine d’annĂ©es, puis on les a enlevĂ©s, parce qu’on n’a plus de neige. Maintenant, si vous allez Ă  l’église de Bolland et regardez la forĂȘt, vous verrez qu’elle est complĂštement morte. Tous les arbres sont morts, suite Ă  la sĂ©cheresse de 2022, alors qu’ils ont grandi pendant 30 ou 40 ans. Sans doute des Ă©picĂ©as, d’accord, mais ils se dĂ©veloppaient sans souci jusque-lĂ .
Ma prochaine image, dans dix ans, ce sera peut-ĂȘtre cette forĂȘt qui va brĂ»ler, parce qu’il fera tellement chaud, sec, et parce que les arbres sont morts, ce qui augmente fortement le risque d’incendie.


đŸ”ïž ScĂ©nario 1 : Plateau de Herve axĂ© sur l’agriculture et le tourisme

Tanguy Wera
Premier scĂ©nario : dans un monde Ă  +2 °C, on a choisi de faire du plateau de Herve une zone fortement tournĂ©e vers l’activitĂ© agricole et vers le tourisme.
Xavier, pour vous, sur le plan climatique, ça implique quoi ? Quelles adaptations l’agriculture doit-elle faire pour survivre Ă  des Ă©tĂ©s peut-ĂȘtre plus secs ? Qu’est-ce que ça signifie pour le tourisme ?


Xavier Fettweis

Il faudra adapter l’agriculture, parce que les Ă©tĂ©s seront de plus en plus secs. En moyenne, ça va ĂȘtre plus sec, mais en rĂ©alitĂ©, ça va ĂȘtre des extrĂȘmes : soit trĂšs humide (comme en 2021) soit trĂšs sec (comme en 2022). Or, l’agriculture n’aime pas trop ces extrĂȘmes.
Donc il faudra la rendre plus rĂ©siliente, peut-ĂȘtre changer les types de culture. Par exemple, Ă  la fin du siĂšcle, on aura le climat du Gers, prĂšs d’Agen, oĂč on voit qu’au fond des vallĂ©es, il y a toujours des Ă©tangs pour collecter l’eau de l’hiver, afin d’irriguer les champs en Ă©tĂ©.
Pour le tourisme, je pense qu’il y a un potentiel, parce qu’aujourd’hui, on partait dans le sud de la France pour avoir le soleil. On n’en aura plus besoin, le soleil sera chez nous. Il y aura mĂȘme un tourisme de la fraĂźcheur dans les rĂ©gions plus Ă©levĂ©es. Sur le plateau de Herve, on est Ă  200 ou 300 mĂštres d’altitude, ce sera dĂ©jĂ  plus frais qu’à LiĂšge, oĂč on aura de gros problĂšmes d’ülots de chaleur urbains.
Donc oui, je pense qu’il faut miser sur le tourisme ici, on n’aura plus besoin d’aller loin pour avoir du soleil. On aura des Ă©tĂ©s de plus en plus secs et chauds.


Tanguy Wera

Jacques, pour l’urbanisme, quel genre de rĂ©amĂ©nagement si on choisit l’agriculture, le tourisme ? Qu’est-ce qu’on doit faire, en Ă©cho au schĂ©ma Vesdre dont vous parliez ?

Jacques Teller
D’abord, sur l’agriculture, je suis d’accord avec Xavier. C’est plus de rĂ©silience, revoir le parcellaire, la gestion de l’eau. Certains collĂšgues Ă  Gembloux travaillent sur le “Keyline Design”, c’est-Ă -dire redessiner les parcelles et les haies pour guider l’eau. Ça peut transformer le paysage, reconstituer des haies, etc.
Par ailleurs, sur le fond de vallĂ©e, il y a un vĂ©ritable atout : la ligne de train, qu’on ne valorise pas assez. Il y a aussi des arrĂȘts secondaires qu’on peut exploiter pour amener du tourisme, plus qu’un simple tourisme d’un jour. Si on veut garder les gens plusieurs jours, il faut offrir une diversitĂ© de paysages : plateau, vallĂ©e post-industrielle, fagnes, etc. Ça peut inciter Ă  rester quatre-cinq jours sur place, ce qui profite Ă  l’économie locale.


Tanguy Wera

Maria, sur le plan social, un plateau axĂ© sur l’agriculture et le tourisme, ça reprĂ©sente quoi pour les gens prĂ©carisĂ©s, les diffĂ©rences de revenus ?

Maria Alonso
Je roule sur le rond-point de Herve, je vois un panneau : “Agriculture, espĂšce en voie de disparition.” C’est peut-ĂȘtre pas le scĂ©nario qu’on veut, mais disons que si les Ă©tĂ©s sont plus secs, ça fait flamber les prix, que ce soit les fruits, lĂ©gumes, viande, etc.
Or, moi, je viens d’une vallĂ©e paupĂ©risĂ©e, oĂč des gosses sont Ă  la malbouffe depuis la maternelle. Si, en plus, les produits du terroir deviennent encore plus chers, ils ne seront accessibles qu’à une classe aisĂ©e. On verra plus tard les consĂ©quences : les gens vont voler des bottes de radis plutĂŽt que des GSM.
Bref, si on construit le futur sans y inclure les plus pauvres, on crée encore des inégalités. Peu importe le scénario, il faut inclure tout le monde.




💡 Échanges avec la salle sur le scĂ©nario 1

[Question du public 1]

J’ai une question : sur le plateau, la pression fonciĂšre est Ă©norme, que ce soit agricole (45 Ă  50 000 euros l’hectare) ou immobiliĂšre (130-140 euros le mĂštre carrĂ©). Les jeunes agriculteurs ou jeunes mĂ©nages ne peuvent plus s’installer. On se retrouve avec une population aisĂ©e sur le plateau et le “peuple” dans la vallĂ©e. Un commentaire ?


Jacques Teller

Oui, les prix montent, et la question est de savoir ce qui est liĂ© Ă  la spĂ©culation (urbanisable) ou non. Il y a aussi un facteur liĂ© Ă  la revalorisation de la production agricole, comme l’a dit Maria. Sans oublier la concurrence d’autres usages (terre d’élevage pour loisirs, etc.).
Sur le plan rĂ©sidentiel, c’est un problĂšme gĂ©nĂ©ral. Depuis 2008, la crise Ă©conomique a fait monter les taux d’intĂ©rĂȘt, ça a rĂ©duit la couverture bancaire, et beaucoup de jeunes mĂ©nages n’ont plus accĂšs Ă  la propriĂ©tĂ©.
Il y a une question générationnelle : une génération profite de la hausse de valeur de son bien, mais ses enfants ne pourront pas reprendre ce bien.



[Question du public 2]

Concernant l’agriculture moderne, vous parlez de nouveaux dĂ©fis, mais on voit aussi des tendances oĂč des grandes entreprises rachĂštent des terres, voire le Port d’Anvers pour compenser son empreinte carbone. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Jacques Teller
En effet, on voit des acteurs qui achĂštent des terrains agricoles pour “verdir” leur bilan, laissant les parcelles en jachĂšre. Ce sont de nouveaux mĂ©canismes de compensation. Et oui, ça ajoute de la pression, ça fait encore monter les prix.

Xavier Fettweis
Par ailleurs, la maßtrise publique pourrait intervenir, pour maintenir la production agricole locale. En extrayant du marché spéculatif certaines parcelles, par exemple.



[Question du public 3]

Attention au tourisme. Dans certains villages, il y a plus de lits touristiques que d’habitants, ce qui crĂ©e des villages fantĂŽmes.

Maria Alonso
Exact. Il faut trouver un équilibre.

đŸ—ïž ScĂ©nario 2 : Plateau de Herve axĂ© sur le dĂ©veloppement Ă©conomique et les lotissements


Tanguy Wera
Scénario suivant : on mise sur le développement économique, avec de nouveaux lotissements, du zoning, etc.
Maria, au sein du RĂ©seau wallon de lutte contre la pauvretĂ©, est-ce que c’est de ça dont on a besoin ?


Maria Alonso
Au RWLP, on a un groupe “Logement, Ă©nergie, rĂ©novation” qui n’arrive Ă  rien, parce que chaque semaine arrivent de nouvelles normes qui se tĂ©lescopent. Si on avait profitĂ© des inondations pour permettre aux sinistrĂ©s de rĂ©nover non pas Ă  l’identique, mais en mieux, on aurait rĂ©solu en partie le problĂšme des passoires Ă©nergĂ©tiques. On ne l’a pas fait. On a donnĂ© seulement ce qu’il fallait pour refaire Ă  l’identique. Du coup, on est toujours avec un stock de maisons mal isolĂ©es, potentiellement en fond de vallĂ©e, susceptibles d’inondations.
Pour ces nouveaux lotissements et maisons, Ă  voir comment on va faire, vu les nouvelles normes (en 2030, plus de chaudiĂšre gaz ou mazout, par exemple). Qui va pouvoir financer un systĂšme type pompe Ă  chaleur ?


Xavier Fettweis
Attention, on construit souvent des maisons pour lutter contre le froid, alors que le vrai problĂšme sera la chaleur. Dans le sud, on conçoit d’abord contre la chaleur, avec une simple cheminĂ©e de ventilation, un radiateur minimal pour l’hiver. Ici, on fait le contraire. Il faut inverser ça.
CĂŽtĂ© industries, oui, on pourrait vouloir relocaliser, pour rĂ©duire le transport. Jusqu’ici, on a fermĂ© nos usines et tout dĂ©localisĂ© en Chine, puis on critique les Chinois qui polluent, alors qu’ils produisent pour nous.
Est-ce qu’il faut implanter ça à Herve ? Je ne sais pas, il faudrait le train ou rouvrir la ligne 38. Sinon, c’est un modùle tout-voiture.


Jacques Teller

Ce n’est pas le tendanciel, qui est plutĂŽt la croissance radiale autour de LiĂšge. Mais Ă  terme, retrouver plus d’emplois de proximitĂ©, c’est souhaitable. Sur les lotissements, je ne suis pas contre le principe du lotissement, si c’est fait correctement, avec de la densitĂ©, un investissement public raisonnĂ©, etc.
Mais aujourd’hui, tout est produit par de grands groupes (Thomas & Piron, etc.) qui font de l’investissement avec des marges de 15 Ă  20 %. Le modĂšle ancien du lotissement, c’était la voirie, puis on divisait les parcelles, et c’était les habitants qui les construisaient, ce qui rĂ©duisait les marges et facilitait l’accĂšs Ă  la propriĂ©tĂ©.






🌆 Échanges avec la salle sur le scĂ©nario 2


[Question du public 1]


À Grand-Rechain, on va construire 190 nouveaux logements, augmenter le village d’un tiers, sans commerce ni transport en commun. Comment est-ce qu’on anticipe ça ?

Xavier Fettweis
Si on n’a pas de bus ou de train, ça ne va pas. On devrait d’abord implanter les lignes, puis construire, et pas l’inverse.

Maria Alonso
Sur 190 logements, combien iront au logement public ? Peut-ĂȘtre zĂ©ro. On oublie encore le social.

đŸ™ïž ScĂ©nario 3 : Plateau de Herve axĂ© sur la robustesse et la densification

Tanguy Wera
Le troisiĂšme scĂ©nario, c’est donner la prioritĂ© Ă  la “robustesse” (concept popularisĂ© par Olivier Hamant) et Ă  la densification.
Jacques, c’est quoi concrùtement, en urbanisme ?


Jacques Teller
Je ne suis pas sûr que la densification aille toujours avec la robustesse. Densifier des endroits déjà denses, comme certains quartiers à Verviers, pose question. Parfois, il faut dédensifier pour ramener des espaces verts. On a vu ça à Verviers depuis 2021.
Dans des zones plus rurales, oĂč il y a dĂ©jĂ  une trame de transports en commun potentielle, densifier peut ĂȘtre intĂ©ressant. Mais ce n’est pas facile, parce qu’en Belgique, on n’ouvre pas de nouvelles lignes de bus.
Sur la question Ă©nergĂ©tique, il faut d’abord rĂ©nover le stock existant : les “quatre façades”, parfois trop grandes pour une personne seule. Il faut faciliter la division des logements. Aujourd’hui, c’est trĂšs compliquĂ© au niveau cadastral, etc.
Au niveau densification, attention aux ülots de chaleur. Il faut verdir, laisser l’eau s’infiltrer.

Maria Alonso
À Verviers, on a perdu six voisins, plus tous ceux qui sont partis aprĂšs les inondations. Donc on a dĂ©jĂ  un potentiel pour la densification, si on arrive Ă  reconquĂ©rir ce bĂąti et Ă  le rĂ©habiliter autrement. On ne va plus habiter la vallĂ©e comme avant, on a un rapport diffĂ©rent Ă  la riviĂšre. Il faut qu’on nous garantisse une forme de sĂ©curitĂ©.

Xavier Fettweis
La densification a un avantage pour limiter les dĂ©placements (voiture) et protĂ©ger la biodiversitĂ© ailleurs. Par contre, ça peut aggraver les Ăźlots de chaleur et l’impermĂ©abilisation (donc ruissellement). Il faut donc prĂ©voir de la vĂ©gĂ©tation, du stockage d’eau, etc.





đŸ—Łïž Échanges avec la salle sur le scĂ©nario 3

[Question du public 1]

Les phĂ©nomĂšnes extrĂȘmes vont se multiplier. Les projections se sont trompĂ©es, c’est de pire en pire. On aura peut-ĂȘtre +3 ou +4 °C. Vos scĂ©narios, c’est pour 2 °C. Comment fait-on ?

Xavier Fettweis
Oui, +2 °C, c’est dĂ©jĂ  2030. Et on est plutĂŽt sur une trajectoire Ă  +3 °C voire +4 °C d’ici 2050 ou 2100. Les Ă©vĂ©nements extrĂȘmes vont s’intensifier, parce que la dynamique atmosphĂ©rique ralentit : on peut rester plus longtemps sous un anticyclone (canicule) ou une dĂ©pression (pluies). Donc il faut dimensionner nos amĂ©nagements pour le futur, pas pour le passĂ©.


[Question du public 2]

Est-ce qu’on est vraiment prĂȘts Ă  changer ? Peut-ĂȘtre qu’il faut des contraintes politiques plus fortes, parce que si vous me demandez de diviser ma maison en deux, je ne le ferai pas


Xavier Fettweis
Oui, je pense qu’il faut des contraintes. Sinon, ça n’arrivera pas spontanĂ©ment. Les politiques ont peur, parce qu’ils sont Ă©lus pour quatre ans. Mais des choses comme taxer fortement l’avion, exiger des garanties de 10 ans sur tous les appareils, etc., sont possibles, et on vivrait avec.


[Question du public 3]

Moi, je n’ai pas bien compris ce que vous appelez la “robustesse”.

Tanguy Wera
(Explication) La robustesse, selon Olivier Hamant, c’est la capacitĂ© Ă  encaisser des chocs divers. On peut prendre l’image du rĂ©seau fongique, en rhizome, qui multiplie les connexions. Si on subit un choc d’un cĂŽtĂ©, on peut s’appuyer sur d’autres liens. Ça vaut pour l’énergie (micro-unitĂ©s de production plutĂŽt que grosses centrales), l’alimentation (petits moulins, petits maraĂźchers, etc.), etc. L’inconvĂ©nient, c’est moins d’économies d’échelle, plus de redondance. Mais c’est plus solide en cas de crise.


[Question du public 4]

Qu’en est-il du cadre plus large ? Parce que si on veut respecter les 2 °C, il faudrait que les politiques mondiales lisent les rapports du GIEC, qu’on sorte des Ă©nergies fossiles, etc. Localement, on peut faire plein de choses, mais tant qu’il y a Trump et d’autres


Xavier Fettweis
Tout Ă  fait. Pour rester sous 2 °C ou 3 °C, il faut arrĂȘter les Ă©nergies fossiles rapidement. Mais ce n’est pas encore rentable Ă  court terme. L’Europe, qui n’a pas de ressources fossiles, pourrait ĂȘtre la premiĂšre Ă  tout miser sur le renouvelable. Ça bougera peut-ĂȘtre pour des raisons gĂ©opolitiques.

đŸ“± Conclusion interactive

Tanguy Wera

Je voulais vous faire circuler entre tables, mais on a des gradins et c’est compliquĂ©. J’ai donc prĂ©vu un dispositif via smartphone, mĂȘme si c’est imparfait (on sait que ce n’est pas un objet neutre Ă©cologiquement). L’idĂ©e est de rĂ©colter vos sentiments, de façon anonyme, pour que le collectif Herve Vers/t l’Avenir puisse repartir avec quelque chose de concret.


(Ici, Tanguy propose quatre questions interactives sur Wooclap, demandant aux participants leurs sentiments, leur scĂ©nario prĂ©fĂ©rĂ©, leur accord avec certaines propositions, et ce qu’ils feraient concrĂštement. Il commente les rĂ©sultats qui apparaissent en direct. Nous reproduisons le sens gĂ©nĂ©ral de ce moment, mais pas l’intĂ©gralitĂ© des rĂ©ponses, qui dĂ©filent sur Ă©cran.)

  • On voit des sentiments variĂ©s : impuissance, intĂ©rĂȘt, motivation, dĂ©ception, etc. C’est important de rĂ©aliser qu’on n’est pas un bloc monolithique.
  • Sur les scĂ©narios, vous attribuez vos points, on voit que deux se dĂ©marquent beaucoup, etc.
  • Sur les propositions “Aucun scĂ©nario n’est bon” ou “Il faudra des choix courageux”, etc., certains y adhĂšrent plus que d’autres.

đŸ· ClĂŽture de la soirĂ©e et remerciements

Guy Simonis

Il me revient de conclure cette soirĂ©e. D’abord, merci Ă  nos trois intervenants, qui ont jouĂ© le jeu avec un canevas auquel ils ne sont pas forcĂ©ment habituĂ©s. Je crois que ça a permis d’aborder beaucoup de choses. Merci, Tanguy, d’avoir prĂ©parĂ© tout ça et d’y avoir consacrĂ© du temps.
Je voudrais revenir sur ce qu’on a vu tout Ă  l’heure. Certains expriment de l’impuissance. On se sent parfois tout petits, trop faibles pour changer les choses. C’est contre cela qu’on essaie d’agir, en crĂ©ant le collectif Herve Vers/t l’Avenir.
On s’est parfois mobilisĂ©s contre des projets inappropriĂ©s, mais maintenant, on veut dĂ©passer ça, pour imaginer ensemble l’avenir de notre commune. On sait oĂč on veut aller. Et pour ça, on doit se mettre en mouvement, tous ensemble, avec toutes les compĂ©tences.
Donc, si vous avez soif — soif d’agir, soif d’apprendre — rejoignez-nous. Laissez vos coordonnĂ©es, et on avancera, pas seulement dans l’opposition, mais dans la construction.
Pour terminer, nous voulions vous faire goĂ»ter la production d’un vigneron local. Eh oui, le rĂ©chauffement fait qu’on peut avoir un air du sud, avec des vignes sur le plateau. J’espĂšre que vous apprĂ©cierez ce vin, et merci pour votre attention. Bonne fin de soirĂ©e !

ANNEXE – Analyse et rĂ©flexions par expert


1. Xavier Fettweis


(Professeur climatologue Ă  l’UniversitĂ© de LiĂšge, spĂ©cialiste de la modĂ©lisation rĂ©gionale du climat.)


a) Évolution du climat et contexte gĂ©nĂ©ral

  • Travaille sur un modĂšle haute rĂ©solution pour la Belgique, fournissant des projections futures Ă  la RĂ©gion wallonne, au Centre Climat belge et aux dĂ©cideurs politiques.
  • Le climat passĂ© ne peut plus servir de rĂ©fĂ©rence pour amĂ©nager le territoire : il faut se baser sur les projections futures.
  • La Belgique se rĂ©chauffe plus vite que la moyenne mondiale (ex. +2 °C Ă  l’échelle du globe = environ +3 °C chez nous, et jusqu’à +4 °C en Ă©tĂ© dans certaines rĂ©gions).

b) Image et évolution du plateau de Herve

  • Originaire de Bolland, a observĂ© la disparition des tĂ©lĂ©skis (annĂ©es 80) Ă  ? (faute de neige) et le dĂ©pĂ©rissement gĂ©nĂ©ralisĂ© de la forĂȘt (sĂ©cheresse de 2022).
  • Anticipe qu’à court ou moyen terme, si le changement climatique se poursuit, ces forĂȘts mortes pourraient accroĂźtre fortement le risque de feux de forĂȘt.


2. Interventions de Xavier Fettweis par scénario


ScĂ©nario 1 – Plateau de Herve axĂ© sur l’agriculture et le tourisme

1. Agriculture Ă  adapter
  • Les Ă©tĂ©s deviendront, en moyenne, plus secs. Toutefois, ce seront surtout des extrĂȘmes : trĂšs humide (style 2021) ou trĂšs sec (style 2022).
  • L’agriculture n’aime ni l’un ni l’autre : il faudra Ă©voluer vers une agriculture plus rĂ©siliente.
  • À long terme (fin du siĂšcle), le climat du pays de Herve pourrait ressembler Ă  celui du Gers (Sud-Ouest de la France), avec collecte d’eau en fond de vallĂ©e pour irriguer l’étĂ©.
2. Tourisme lié au réchauffement
  • Le fait d’avoir de plus en plus de chaleur en Belgique pourrait diminuer l’intĂ©rĂȘt de partir au sud.
  • Le pays de Herve ou la Haute Ardenne pourraient devenir des lieux de “tourisme de fraĂźcheur” (altitude un peu plus Ă©levĂ©e que d’autres centres urbains comme LiĂšge).


ScĂ©nario 2 – Plateau de Herve axĂ© sur le dĂ©veloppement Ă©conomique (lotissements, industrie, etc.)

1. Performance énergétique et chaleur

  • Souligne l’erreur de construire (rĂ©novations comprises) pour se protĂ©ger du froid, alors que le principal dĂ©fi futur sera la canicule.
  • Appelle Ă  concevoir des bĂątiments pour limiter la surchauffe.

2. Relocalisation industrielle

  • Rappelle que la Belgique a fermĂ© la plupart de ses usines pour faire produire ailleurs (Chine), ce qui fausse la vision de nos Ă©missions : en rĂ©alitĂ©, on a externalisĂ© la pollution.
  • Il faudrait relocaliser les industries pour rĂ©duire les transports et la dĂ©pendance, mais il importe de choisir des emplacements connectĂ©s par le train ou la voie d’eau, plutĂŽt que de multiplier le trafic routier.
  • Pour une zone comme le plateau de Herve, cela exigerait idĂ©alement de rouvrir la ligne 38 ou de trouver d’autres solutions de transport en commun.


ScĂ©nario 3 – Plateau de Herve axĂ© sur la robustesse et la densification

1. Avantages en transport

  • Densifier peut ĂȘtre un atout pour limiter les dĂ©placements (voitures) et protĂ©ger la biodiversitĂ© ailleurs.

2. Inconvénients climatiques

  • La densification peut, en l’absence de vĂ©gĂ©talisation, aggraver l’effet d’ülot de chaleur urbain. En cas de fortes pluies, elle peut aussi augmenter le ruissellement.
  • NĂ©cessitĂ© de prĂ©voir un stockage ou infiltration d’eau et de verdir les environnements urbains pour contrer les vagues de chaleur.

Autres donnĂ©es gĂ©nĂ©rales (catastrophes, extrĂȘmes, trajectoires)

  • PhĂ©nomĂšnes extrĂȘmes : La dynamique atmosphĂ©rique va ralentir, les systĂšmes mĂ©tĂ©o resteront plus longtemps bloquĂ©s sur une zone (ex. prĂ©cipitations extrĂȘmes comme en juillet 2021, ou anticyclones provoquant sĂ©cheresse et canicule).
  • Évolution probable : Sans mesures strictes, on risque +3 °C ou +4 °C. Les amĂ©nagements doivent donc anticiper le climat futur, pas seulement se baser sur le passĂ©.




3. Maria Alonso


(Membre du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté, témoignage direct des inondations de 2021.)


a) Contexte personnel et social

  • Victime directe des inondations (3 mĂštres d’eau dans sa maison Ă  Verviers). S’est mise Ă  aider ses voisins pour gĂ©rer l’aspect administratif et la prise de photos/preuves pour les assurances.
  • A ensuite travaillĂ© en collaboration avec la FGTB et le RWLP pour couvrir l’ensemble de la vallĂ©e de la Vesdre, en relevant les difficultĂ©s concrĂštes des sinistrĂ©s (accĂšs au Fonds des calamitĂ©s, etc.).

b) Vécu et inégalités

  • Insiste sur la paupĂ©risation de certains quartiers (ex. la vallĂ©e de la Vesdre) : malbouffe, enfants en manque de vitamines.
  • Craint que si les produits agricoles locaux flambent (sĂ©cheresse, extrĂȘmes), les plus prĂ©caires n’y aient plus accĂšs, aggravant encore les inĂ©galitĂ©s.



4. Interventions de Maria Alonso par scénario


ScĂ©nario 1 – Plateau de Herve agricole et touristique

1. Impact sur le prix des aliments

  • Si le climat se durcit, les rĂ©coltes baisseront ou seront plus coĂ»teuses, les prix grimperont (fruits, lĂ©gumes, viande).
  • On risque de rĂ©server la nourriture de qualitĂ© aux mĂ©nages aisĂ©s. Les mĂ©nages pauvres continueront Ă  se tourner vers la malbouffe et subiront les consĂ©quences sociales et sanitaires.

2. Lien ville-campagne

  • MĂȘme si le plateau de Herve devient davantage tournĂ© vers un “retour Ă  la terre”, il ne faut pas oublier la vallĂ©e, oĂč rĂ©side une population aux moyens limitĂ©s.


ScĂ©nario 2 – DĂ©veloppement Ă©conomique et nouveaux lotissements

1. Rénovation et logement

  • DĂ©plore que, lors des inondations, l’aide se soit limitĂ©e Ă  “refaire Ă  l’identique” au lieu de “refaire en mieux”, par exemple en amĂ©liorant le PEB ou la rĂ©silience des bĂątiments.
  • Rappelle que les passoires Ă©nergĂ©tiques concernent 50 000 habitations en Wallonie, souvent dans des zones Ă  risque d’inondation.
  • S’interroge sur la capacitĂ© des mĂ©nages Ă  financer des systĂšmes coĂ»teux (pompes Ă  chaleur, etc.).

2. Logement public

  • Souligne qu’on ne prĂ©voit souvent pas, dans les projets de nouveaux lotissements ou zones Ă©conomiques, des parts rĂ©servĂ©es au logement social, d’oĂč une exclusion de facto des plus pauvres.


ScĂ©nario 3 – Robustesse, densification

1. Réhabiter la vallée

  • Indique que Verviers a perdu des habitants (dĂ©cĂšs, dĂ©parts pour ne plus revivre ce traumatisme) : il existe donc un potentiel de densification si on reconquiert les logements.
  • Mais il faut repenser la relation Ă  la riviĂšre (risque rĂ©current d’inondation), et donner des garanties de sĂ©curitĂ© aux familles qui voudraient revenir.

2. Autres points évoqués

  • CohĂ©rence des politiques : Les normes, les aides, les dispositifs Ă©voluent vite et se tĂ©lescopent, ce qui complique la vie des plus modestes.
  • PauvretĂ© et accĂšs Ă  la nourriture : Exemple d’initiatives locales (paniers, magasins paysans) qui restent encore trop chers malgrĂ© des rĂ©ductions.





5. Jacques Teller


(Professeur d’urbanisme et d’amĂ©nagement du territoire Ă  l’UniversitĂ© de LiĂšge. A pilotĂ© le schĂ©ma stratĂ©gique du bassin versant de la Vesdre.)


a) Contexte général

  • AprĂšs les inondations de juillet 2021, a coordonnĂ© l’élaboration d’un document pour repenser l’amĂ©nagement de la vallĂ©e, notamment la gestion des eaux, la construction en zone inondable, etc.
  • Travaille aussi sur la rĂ©silience, la gestion de l’eau, le phĂ©nomĂšne d’ülot de chaleur urbain, et sur l’optimisation du territoire face aux risques.

b) Urbanisme et pression fonciĂšre

  • Constate la hausse rapide des prix, liĂ©e Ă  plusieurs facteurs : spĂ©culation (parce que certaines parcelles deviendront constructibles), valeur accrue des terres agricoles, usage rĂ©crĂ©atif (pĂątures pour chevaux), etc.
  • Souligne la difficultĂ© pour les jeunes mĂ©nages d’acquĂ©rir un bien, de plus en plus cher.


6. Interventions de Jacques Teller par scénario


ScĂ©nario 1 – Agriculture et tourisme

1. Redessiner le paysage

  • PossibilitĂ© de reconstituer un maillage plus dense de haies, de dispositifs de rĂ©tention pour guider l’eau (dĂ©marche “Keyline Design”).
  • Faciliter une agriculture plus rĂ©siliente aux inondations et sĂ©cheresses.


2. Tourisme et mobilité

  • La vallĂ©e de la Vesdre a un atout majeur : la ligne de train cadencĂ©e (Verviers-LiĂšge-Bruxelles). Mais elle est sous-exploitĂ©e pour le tourisme.
  • Il suggĂšre de combiner plateau et vallĂ©e pour offrir une diversitĂ© paysagĂšre (post-industriel, bocager, forĂȘt, etc.).


ScĂ©nario 2 – DĂ©veloppement Ă©conomique et lotissements

1. Économie de proximitĂ©

  • S’il y a davantage d’emplois localement, on limite la distance domicile-travail (actuellement en moyenne 20 km en Belgique).
  • PrĂ©conise le retour d’activitĂ©s Ă©conomiques circulaires, qui demandent beaucoup d’espace (stockage, recyclage). Les friches industrielles ou zones dĂ©jĂ  urbanisĂ©es sont un levier, plutĂŽt que consommer de nouvelles terres.

2. Production immobiliĂšre

  • Depuis 20-30 ans, la production est dominĂ©e par de grands groupes privĂ©s. Le modĂšle du lotissement “à l’ancienne”, qui laissait plus d’initiative aux mĂ©nages, s’est perdu.
  • Il regrette qu’aujourd’hui on ait souvent une logique de marge (15-20 %) et non de service Ă  la population.


ScĂ©nario 3 – Robustesse et densification

1. Densifier oui, mais pas partout

  • Dans certaines zones dĂ©jĂ  denses (quartiers prĂ©caires, etc.), il pourrait ĂȘtre prĂ©fĂ©rable de dĂ©densifier pour ramener des espaces verts ou corriger l’exposition au risque.
  • Sur le plateau ou dans des secteurs bien reliĂ©s par le bus ou le train, on peut densifier.

2. Division du bĂąti existant

  • Le stock de “quatre façades” est trĂšs Ă©levĂ©, or la taille moyenne des mĂ©nages diminue (50 % de mĂ©nages Ă  une personne, horizon 2050). Il faudrait faciliter la “redivision” des grosses maisons pour les adapter Ă  la demande actuelle. Les procĂ©dures administratives sont actuellement trop lourdes.

3. Intégration du rafraßchissement

  • NĂ©cessitĂ© d’équipements pour gĂ©rer la chaleur (protection solaire, ventilation transversale) qui manquent encore aujourd’hui.
  • Il rappelle que protĂ©ger un bĂątiment contre la chaleur est un sujet parfaitement connu, mais rarement appliquĂ© dans les nouvelles constructions en Belgique.



Autres éléments

  • Mise en Ɠuvre coordonnĂ©e : Il milite pour un “laboratoire Vesdre” qui rĂ©unirait les administrations et acteurs afin de concrĂ©tiser ce qui est recommandĂ© par les schĂ©mas stratĂ©giques. Il note qu’en Belgique, les politiques sectorielles sont cloisonnĂ©es (transports, eau, urbanisme), d’oĂč la difficultĂ© Ă  planifier une vraie cohĂ©rence.
  • Projections dĂ©mographiques : Se montre prudent quant aux chiffres. Le vĂ©ritable enjeu, selon lui, n’est pas seulement le nombre d’habitants, mais la hausse de surface moyenne par habitant qui a explosĂ© depuis 50 ans.






SYNTHÈSE DES POINTS COMMUNS ET DIVERGENCES


(Tous s’accordent sur la nĂ©cessitĂ© de gĂ©rer les risques liĂ©s au changement climatique. Les variations portent surtout sur le type de prioritĂ©s, la façon d’équilibrer agriculture, dĂ©veloppement Ă©conomique, robustesse sociale, amĂ©nagement territorial et inclusion.)

  1. Reconnaissance de la vitesse du rĂ©chauffement : Les trois intervenants conviennent que les extrĂȘmes climatiques se sont dĂ©jĂ  intensifiĂ©s et iront croissant.
  2. Besoin de repenser l’habitat : Tous soulignent l’erreur d’isoler seulement pour le froid. On doit concevoir/rĂ©nover aussi pour la chaleur.
  3. Importance du social : Maria Alonso met l’accent sur la prĂ©caritĂ© et le risque de voir s’accroĂźtre la fracture sociale (accĂšs Ă  la nourriture, aux logements).
  4. Mise en avant de la cohĂ©rence des politiques : Jacques Teller insiste sur le fait que sans une autoritĂ© de coordination, les dĂ©cisions restent dispersĂ©es, freinant la mise en Ɠuvre.
  5. Agriculture : Xavier Fettweis et Jacques Teller s’accordent Ă  dire que l’agriculture doit ĂȘtre repensĂ©e avec la gestion de l’eau (nouveaux modĂšles de parcelles, stockage des eaux hivernales, etc.).
  6. Risque inondation : Maria Alonso, confrontĂ©e Ă  la rĂ©alitĂ© de 2021, soutient qu’on aurait pu faire mieux lors des reconstructions, notamment en termes de rĂ©silience et de performance Ă©nergĂ©tique.



Cette annexe rassemble les informations analytiques clĂ©s fournies par chacun des trois experts lors de la soirĂ©e « HervĂ© Vers/t l’Avenir – Climat et Solution ».

  • Xavier Fettweis a mis en avant les trajectoires climatiques et la nĂ©cessitĂ© de concevoir tout nouvel amĂ©nagement en se basant sur les conditions futures (sĂ©cheresses, canicules, inondations plus marquĂ©es).
  • Maria Alonso a soulignĂ© les enjeux sociaux, la difficultĂ© des plus prĂ©caires Ă  suivre des normes ou Ă  accĂ©der Ă  des produits alimentaires de qualitĂ©, ainsi que l’occasion manquĂ©e d’avoir rendu les logements inondĂ©s plus performants Ă©nergĂ©tiquement.
  • Jacques Teller a dĂ©taillĂ© l’amĂ©nagement du territoire, la gestion de l’eau, l’importance de la densification ciblĂ©e, et la difficultĂ© d’avancer sans coordonner les divers acteurs et niveaux de pouvoir.
Lien copié dans le presse-papiers